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Des échelles à batraciens au plan d’eau de Saint Trinit

Saint Trinit protège désormais les batraciens fréquentant son plan d’eau

En aménageant un plan d’eau au cœur d’un parc à disposition de tous, la commune de Saint Trinit ne pensait pas créer un piège à la fois irrésistible et fatal pour les batraciens alentour.

Saint Trinit, 119 habitants, 780 m d’altitude sur le plateau d’Albion, fait partie du nouveau parc naturel régional du Mont Ventoux. Jean-Pierre Saussac, président de la Nesque propre, raconte : « En haut du village, dans le “vallon du Puit”,en contrebas de la route du Revest, une source, “la fontaine publique”,  captée par une galerie drainante, coule dans l’ancien lavoir communal. Cette ressource est  essentielle pour abreuver les troupeaux. Les éleveurs viennent, au quotidien, avec des citernes pour s’y ravitailler ».

« En 2009, elle a  permis l’aménagement  d’un espace public avec un coquet petit lac.  Entouré de  bois de châtaigniers, chênes, fayards, de champs de lavande, de lavandin, d’épeautre,  ce site est devenu un lieu de détente prisé des promeneurs. »

Un aménagement de plan d’eau fatal, malgré lui, aux batraciens

En mars 2020, l’attention du premier adjoint de la commune est attirée par un grand nombre de cadavres de batraciens qui flottent sur le point d’eau. La Nesque propre, association locale bien connue pour ses nombreuses actions en faveur de l’environnement, est alertée. Le constat s’avère dramatique. En effet, le 28 mars 2020, la mairie de Saint Trinit ne peut qu’enlever les cadavres dont la putréfaction compromet l’état du plan d’eau. Elle en dénombre plus de 120.

En cette période de confinement strict, il est difficile de faire davantage. Les causes de cette mortalité pourraient être virales, ou liées à une pollution chimique, ou de toute autre nature. L’examen des lieux va mettre en évidence un bête, mais terrible, problème de configuration des rives du plan d’eau : raides et tenues par une bâche glissante et sans aspérité, elles n’offrent aucune prise aux crapauds dont les pattes dépourvues de griffes et de ventouses ne peuvent franchir la pente lisse. Une fois dans l’eau, les batraciens ne peuvent en sortir et se noient.

La commune, l’association mobilisée et ses adhérents sont d’accord sur une chose : il est hors de question que pareille hécatombe se reproduise. Redonnons la parole à Jean-Pierre Saussac : « Début février 2021, pour  prévenir la répétition du regrettable dommage, nous avons demandé  à rencontrer un technicien du  Parc Naturel Régional du Mont-Ventoux. Le but était de réfléchir ensemble à des solutions à mettre en œuvre rapidement, avant  le démarrage du prochain cycle de reproduction ». 

Des échelles à batraciens

« Jeudi 25 février, (se sont) retrouvés sur le terrain Laurent Visserot, technicien PNR Mont-Ventoux, Bruno Rovelli, 1er adjoint mairie de St Trinit, Georges Ughetto et Jean-Pierre Saussac pour la Nesque propre. La veille, les services techniques de la commune étaient venus faucher l’herbe pour préparer le terrain.  Le travail de la matinée a consisté en l’installation de six échelles à batraciens. Six rouleaux de canisse en bambou fendu de 3 m de long ont été utilisés. Chacun  a été lesté à son extrémité d’une barre métallique pour la partie immergée. De  l’autre côté, sur la berge, un arrimage a permis la fixation du dispositif. Désormais,  les batraciens ont des rampes bien pratiques pour les aider à sortir de l’eau.

Le maintien des effectifs est la priorité.  Un panneau didactique permettra aux visiteurs et aux écoliers de mieux connaître cette espèce protégée. Ils en sauront plus sur son cycle de vie se déroulant dans deux milieux, terrestre et aquatique. 

Nos premières observations sont positives. Le suivi du site permettra de connaître les résultats et de les partager prochainement. De nouvelles observations nous diront peut être si d’autres espèces de batraciens fréquentent le site. »

… Une réflexion et une solution à la bonne échelle

La grise inquiétude de la Covid et des privations qu’elle entraine dissimule actuellement les signes annonciateurs de printemps et de renouveau. Aussi, FNE Vaucluse tenait à témoigner de cet élan pour la nature et la vie. D’autant qu’il a uni les efforts d’une municipalité, d’une association et du Parc naturel régional du Mont Ventoux.

Merci à Jean-Pierre Saussac qui nous a autorisés à reprendre de longs extraits de l’article publié sur son site Internet. Vous trouverez dans l’article original plus de détails et toutes les photos.

EN COMPLÉMENT DE CET ARTICLE
  • Les bassins ou les piscines d’agrément peuvent poser le même problème. Nos activités tendent à la faune sauvage de nombreux pièges mortels. Et le conseil départemental de l’Isère les a inventoriés tout en proposant des solutions, souvent peu couteuses.
  • Août 2020, vidéo du parc naturel régional du Luberon. Illustration du problème spécifique des mares chères aux batraciens et mesures prises sur son territoire.
QUAND LA PRESSE S’EN FAIT L’ÉCHO
09 avril 2021 : mise à jour
  • La rédaction de la revue nature bimestrielle ” La Salamandre “ s’apprête à publier un article dans son prochain numéro sur l’action conjointe du PNR Mont-Ventoux, de la commune de St Trinit, de la Nesque propre,  pour la protection des crapauds communs.
  • Mais aussi, les Carnets du Ventoux publieront dans leur prochain numéro le remarquable article de Dimitri Marguerat ( La Nesque propre) sur la présence et la vie du Grand Duc dans le bassin versant de la Nesque.