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Comment diminuer la pollution liée à la chasse ?

Chaque année, les chasseurs français tirent environ 250 millions de cartouches, entraînant une importante pollution. Les munitions laissées sur place contiennent des métaux lourds : mercure, uranium, arsenic et surtout plomb. Trop souvent aussi, l’on peut trouver les cartouches vides abandonnées dans les bois ou sur les chemins. Les labours les enfouissent dans les champs. Faites de thermoplastique, elles ne sont pas biodégradables.

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Premiers responsables, les chasseurs sont aussi parfois les premiers à tenter de remédier à l’incivilité de certains de leurs collègues. A Sainte-Cécile-les-Vignes, l’un d’entre eux a ainsi ramassé 150 cartouches en septembre 2020. Il a ensuite tenté d’alerter son association locale de chasse et le maire de sa commune. Les deux démarches ont reçu des fins de non recevoir. Aussi, dans l’espoir de trouver une solution. notre chasseur-ramasseur amoureux de la nature a sollicité l’appui de France Nature Environnement Vaucluse.

S’étant saisie du problème, FNE a adressé des courriers à Vincent Faure, nouveau maire de Sainte Cécile, ainsi qu’à l’Office Français de la Biodiversité (OFB), et enfin, à la Fédération Départementale des Chasseurs de Vaucluse (FDCV)

Un risque (re)connu

La pollution générée par la chasse ne préoccupe pas que les défenseurs de l’environnement. Depuis longtemps les agences de santé, des élus et des chasseurs conscients du risque, se soucient de la toxicité des déchets inhérents à ce loisir, au premier rang desquels se place le plomb.

Le plomb

Le plomb est le métal le plus utilisé pour la fabrication des cartouches et grenailles en raison de ses caractéristiques (poids, malléabilité et disponibilité). Responsable du saturnisme, ce puissant neurotoxique (à très faible dose chez le fœtus et l’embryon)  est extrêmement dangereux pour les animaux et pour l’Homme.

A chaque tir, il se répand dans la nature, les sols et les cours d’eau.

Ingéré par le gibier d’eau, ce poison sournois, déversé à hauteur de 8 000 tonnes chaque année en France par les adeptes de la chasse et du ball-trap (selon un rapport de l’Agence européenne des produits chimiques _ ECHA), est responsable d’intoxications et d’un nombre conséquent de cas de saturnisme aviaire (« L’ECHA estime que le nombre de décès d’oiseaux d’eau dans l’Union européenne dus au saturnisme est de l’ordre d’un million chaque année », JO Sénat du 18/04/2019 – page 2186).

Une solution à ce problème majeur résiderait dans le remplacement du plomb par des balles en acier, ou en étain, ou au bismuth, largement disponibles, techniquement réalisables et d’un prix comparable aux balles contenant du plomb. Interpelé, le gouvernement français a botté en touche en « (demandant) à la Commission européenne quelle était son analyse quant aux risques additionnels mis en évidence par l’ECHA et quelles étaient ses intentions quant à l’évolution de la règlementation européenne en la matière. » (id JO Sénat ci-dessus)

Quant à Thierry Coste, “conseiller politique” de la Fédération nationale des chasseurs, il soutient que « Trouver un substitut pas trop cher qui n’ait pas d’autre effet toxique à la fois sur les sols et la venaison, ça prend du temps. On y réfléchit constamment avec les industriels » (cité par Mathilde Belin in l’Express, 21 11 2019).

Les cartouches abandonnées

Si la suppression de la pollution aux métaux lourds pose des problèmes complexes, il n’en va pas de  même de la pollution liée à l’abandon des cartouches vides : elle ne se heurte qu’à la paresse, la bêtise et l’irresponsabilité du chasseur qui sacrifie la nature à son loisir.

Heureusement, demeurent des raisons d’espérer

Une association corse (U Cavallu di Bisinchi) ramasse et collecte les cartouches usagées depuis 2006. Après avoir longtemps cherché auprès des instances concernées (Office de l’environnement de la Corse, Ademe, Fédération départementale de la Chasse, ministère de l’Écologie), les bénévoles de Bisinchi se sont orientés, grâce à la fédération interdépartementale des chasseurs de l’Essonne, du Val d’Oise et des Yvelines vers la société Recytechnic en Meurthe et Moselle, dont l’activité se caractérise par le traitement de déchets particuliers et notamment les cartouches de chasse.

Il existe aussi des cartouches faites de matière biodégradable : pourquoi ne pas encourager leur usage ?

Pour la deuxième année consécutive, la fédération des chasseurs de Vaucluse a organisé une collecte des cartouches usagées. Cette avancée témoigne de la prise de conscience de l’intérêt d’un recyclage (La Provence 09 10 2020). Et elle pourrait se doubler d’une incitation au ramassage si chaque chasseur, rapportant, en plus des siennes, 50 cartouches usagées ramassées, se voyait octroyer une petite gratification. Par exemple, une réduction du coût de son permis de chasse. (Suggestion du chasseur de Sainte Cécile).

Suites à nos courriers

La FDCV n’a pas encore répondu au courrier que nous lui avons adressé.

L’association cécilienne « Saint Hubert chasse » ignore peut être cette action de sa fédération départementale. Elle n’a pas plus répondu au courrier de France Nature Environnement Vaucluse qu’elle n’a écouté les propositions d’un adhérent qui se bat depuis des années contre la pollution

L’OFB est également resté silencieux pour l’instant, mais nous ne doutons pas de son intérêt.

Le maire de Sainte Cécile, choqué qu’une association lui rappelle les moyens mis par la loi à sa disposition pour lutter contre tout type de pollution sur sa commune, a protesté de son impuissance. « Je n’ai pas les moyens de mettre un agent de police municipale derrière chaque chasseur », « Je fais ce qu’il m’est possible de faire ».

Il a aussi tenté de minimiser le problème et de discréditer le lanceur d’alerte : « (…) un carton de douilles collectées sur plusieurs années et vraisemblablement sur le territoire communal ». … Une réponse malheureuse, de nature à freiner la recherche commune de solutions.

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