2 - Avis et Communiqués

Mission “Changement Climatique, Eau et Agriculture”

A la demande conjointe de la DDT et de la Chambre d’Agriculture du Vaucluse, deux experts ministériels ont reçu le 15 octobre, à Mazan, le représentant de FNE Vaucluse. Les positions de notre fédération ont pu ainsi être exprimées, dans le cadre de la mission en cours sur l’adaptation des systèmes agricoles au changement climatique.

Contexte :

Les ministres de l’agriculture et de l’écologie ont missionné le Conseil Général de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Espaces Ruraux (CGAAER) et le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable pour réaliser une étude sur le changement climatique, l’eau et l’agriculture (CCEA). (VOIR lettre de mission)
L’objectif de cette mission est d’appréhender l’impact du changement climatique sur l’agriculture française et d’imaginer des trajectoires d’adaptation de cette dernière à la probable tension sur la ressource en eau. Les conclusions de cette mission conjointe CGAAER-CGEDD définiront vraisemblablement la position de l’Etat sur le sujet “changement climatique -eau-agriculture” pour les années à venir.

La méthodologie repose notamment sur des études de cas où sont étudiés “une filière sur un territoire”.
Deux inspecteurs, Dominique ROLLIN (CGAAER) et François MITTEAULT (CGEDD), ont en charge l’étude de l’arboriculture en Vaucluse. D’autres binômes travaillent sur d’autres couples territoire/filière, comme par exemple, la viticulture en Occitanie.

Les positions de FNE Vaucluse :

Dans le cadre de la lettre de mission, qui précise « Les effets du changement climatique se font déjà sentir, tant sur les milieux naturels que sur la production agricole. Les perspectives découlant des modélisations climatiques régionales les plus récentes laissent penser qu’un effort d’adaptation sans précédent doit être engagé. » , il a été choisi d’aborder les sujets de l’eau , les pesticides , les engrais , l’aménagement du territoire .

1) En préalable un constat s’impose : les différentes politiques publiques conduites sur ces thèmes n’ont pas été efficaces ; les tensions sur la ressource en eau génèrent des affrontements violents ; en matière d’intrants, les plans écophyto successifs, le plan de définition des zones traitées par rapport aux points d’eau (5m) ou le jeu des forces en présence ont abouti à un résultat très éloigné du référentiel national.
Notons encore le conflit perdurant avec l’Europe sur notre politique nitrate, nettement en deçà des règles fixées, et le niveau de pollution des eaux, et ce malgré de nombreuses campagnes de contrôles et les programmes mis en œuvre.

Enfin la consommation en foncier agricole demeure déraisonnable quelques soient les freins mis en place

2) Notre vision de l’agriculture en 2050 : une agriculture beaucoup plus diversifiée, sans pesticides (remplacés par des moyens tels que biostimulants, levures etc…) avec peu ou pas d’engrais et toujours une tension sur le besoin en eau.
L’agriculture aura sans doute évolué vers la satisfaction et l’adaptation aux besoins locaux et aux circuits courts.

3) Les moyens : en vue d’une nécessaire transition, des mesures claires et rapides sont à prendre, sachant que les évolutions attendues en agriculture ne peuvent pas se faire sur un terme court.
– aucune catégorie de consommateurs d’eau ne devrait pouvoir envisager seule les infrastructures nécessaires a la distribution, l’utilisation, l’évaluation des besoins et la répartition de la ressource. Or c’est en partie le cas des travaux menés par les seuls agriculteurs sur le projet d’irrigation à partir du Rhône . Nous appelons une gouvernance collégiale et transparente des besoins en eau , de leur répartition, des priorités d’usages.
Notre fédération est défavorable au « stockage » de l’eau. Cette eau, destinée à approvisionner les nappes , les milieux humides et remplir les retenues naturelles, ne doit pas être captée dans des retenues collinaires. Par contre la réutilisation, voire le stockage, des eaux usées devraient être mis en œuvre

– changer l’assolement actuel nous parait indispensable, avec introduction de nouvelles cultures utiles aux besoins locaux (céréales, protéagineux, légumes secs , amandiers etc …). Les variétés à utiliser ne sont pas à rechercher dans les laboratoires mais dans les jardins locaux. Le thème retenu était l’arboriculture les experts ont été invités à prendre connaissance du potentiel offert par le domaine de la Thomassine à Manosque, conservatoire de variétés connues pour être souvent plus adaptées aux conditions locales, moins consommatrices d’eau .
Les cultures devraient être choisies en prenant en compte les besoins d’eau de chaque espèce (ex : l500 l d’eau pour 1 kg de blé , 600 l pour un de seigle etc ..)

Le label HVE doit développé très rapidement ( sous 3 ans ). Un label plus contraignant THVE peut être mis en œuvre.

Les terres agricoles doivent être sanctuarisées. Les SCOT ne sont pour l’instant abordés que sous l’angle de l’évolution démographique pour en déduire combien de terres agricoles devront être sacrifiées. Nous insistons sur le fait que si un toit est une nécessité, se nourrir est primordial. Il faut donc changer de paradigme dans la réflexion de l’occupation de l’espace et privilégier les terres agricoles. ( ce qui aura aussi pour effet de préserver les ceintures vertes et les circuits courts qui vont avec )

– Une vraie stratégie bio-économique nationale doit être mise en œuvre, pour mobiliser les bio-ressources , développer une offre protéine locale, mobiliser la biomasse , valoriser les biodéchets

– Cette vision et ces souhaits ne sont pas compatibles avec les accords commerciaux internationaux (CETA, Mercosur …). Il faut les mettre en stand by tant que les produits importés ne correspondent pas aux normes Française