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Serre agriphotovoltaïque à Villelaure : un projet qui divise

Villelaure, ses 3300 habitants entre Luberon et Durance, son château renaissance, son cèdre bicentenaire et bientôt sa serre semi-fermée de 3,85 ha « dotée de panneaux photovoltaïques et d’une chaudière biomasse afin d’assurer son chauffage »

Le projet divise, suscitant l’enthousiasme des élus locaux, départementaux, régionaux et l’approbation des services de l’Etat, mais le rejet de plusieurs associations locales attachées à la préservation du territoire. La Chambre d’agriculture du Vaucluse est ambivalente, la Confédération paysanne est contre.

Ce projet se veut « collaboratif, acteur de la transition énergétique : investissements pour partie par des placements citoyens ou des collectivités locales, projet lauréat du contrat CRE5 (Commission de Régulation de l’Énergie) ».
Visant la production d’énergie, le projet est industriel, mais il est présenté comme un projet agricole, ce qui lui permet d’économiser le coût d’une construction en ZA, de se soustraire aux “compensations agricoles”, et de s’installer sur du foncier bon marché, appartenant pour partie à la commune de Villelaure : « la serre projetée est une serre (sic), conçue pour servir la performance agricole et assurer la production de près de 2 000 000 de jeunes pousses de salades et d’herbes fraîches par an, toute l’année et sans aucun traitement, avec un débouché local ou régional.»

FNE Vaucluse soutient les énergies renouvelables mais s’oppose fermement aux fermes photovoltaïques consommatrices de foncier agricole. Que l’installation soit perchée sur le toit d’une serre ne change rien à ce positionnement, surtout si l’on soupçonne que la construction a pour unique but la production d’énergie.

Le projet présenté semble bien être dans ce cas.

Il apparaît fondamentalement différent des 4 serres photovoltaïques existant sur le département, citées en référence. En effet, dans le cas des serres en exploitation, il s’agit de maraîchers qui expérimentent de mettre leurs cultures à l’abri des aléas météorologiques et parasitaires ET à l’ombre de panneaux photovoltaïques. A ce jour, le rendement est pour moitié peu satisfaisant, pour moitié encore en période de rodage : Peu de cultures s’accommodent du manque de lumière. La chambre d’agriculture, très logiquement, accompagne cependant ce qui pourrait s’avérer une innovation intéressante pour l’agriculture.
A Villelaure, la démarche est inverse : d’abord l’on construit la serre et ses panneaux, ensuite, l’on recherche ce qui va bien pouvoir pousser dessous. Le choix est restreint et le porteur de projet énumère sans détour tout ce qu’il convient d’exclure. Ne reste que la salade, et encore à condition de ne pas attendre qu’elle s’épanouisse !

Sous prétexte d’innovation agricole, la campagne luberonnaise va donc hériter d’un gigantesque hangar de verre et de tôle avec ses annexes, qui produira hors sol des pousses de salades, conditionnées dans leurs petits pots et leurs emballages en cartons …
Il existe encore assez de bon sens en Vaucluse pour préférer acheter chez le maraîcher du coin une « belle » salade, plutôt que quelques petites feuilles pâlichonnes et sans goût, un peu de substrat et beaucoup de carton ! Nous pourrions ajouter que lorsque l’industriel parle de circuit court, il sous entend, de son propre aveu “court en temps”. Mais réfléchir en ces termes, qui relèvent de la rentabilité agricole, serait une erreur. Peu importe que la production de salades soit rentable ou non, la production d’énergie justifie à elle seule la serre.

Notons encore que le projet n’a été présenté en commission départementale qu’une fois autorisé de toutes parts et qu’il ne créera que 6 emplois alors que de jeunes agriculteurs étaient candidats à l’installation sur ces terres, ce que n’a pas manqué de souligner la chambre d’agriculture….

Un gâchis total, sauf pour le porteur de ce projet industriel !