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Collectif en faveur du parc naturel du Ventoux : rencontre avec le médiateur

Photo Vincent Thomann

Pour la deuxième fois, depuis qu’une mission de concertation lui a été confiée par Christian Estrosi, Michel Sappin, médiateur régional, a rencontré les membres du collectif rassemblé pour défendre le projet de Parc Naturel Régional du Mont Ventoux.

Le 2 février dernier déjà, Monsieur Sappin, assisté de Madame Giraudo, s’était rendu dans les locaux de France Nature Environnement Vaucluse pour prendre connaissance des arguments des défenseurs du projet. Trois rendez-vous, animés respectivement par des représentants de l’environnement, de la culture et du tourisme dans la nature s’étaient succédés :
France Nature Environnement Vaucluse accompagnée du président de Biocoop l’Auzonne, comme acteur économique en lien avec l’environnement ; Le président des « Carnets du Ventoux » et la directrice des éditions du Toulourenc « l’Esprit des lieux » ; Le président du Club Alpin Français du Ventoux et la présidente de l’Association Touristique de la Destination Mont Ventoux : tous avaient rendu le questionnaire élaboré par la médiation et plaidé la cause d’un Parc naturel régional.

Deux mois ont passé, pendant lesquels la médiation a multiplié des rencontres avec les élus du territoire et les personnes souhaitant fortement s’exprimer au sujet du processus d’élaboration du parc. L’équipe de médiation a aujourd’hui souhaité rencontrer l’ensemble du collectif, en une table ronde favorisant les échanges informels.
La date du 18 avril a été retenue, et la réunion a pu rassembler une trentaine de personnes à la Maison du citoyen et des associations de la ville de Carpentras.

Monsieur Sappin a ouvert le débat en exposant la nécessité de sa mission : Les réponses à la consultation lancée par le Président de la région PACA en mai 2016, ont mis en évidence un refus du projet commun aux communes de l’ubac. Sur une carte du territoire du futur parc, les communes du refus forment une « ceinture rouge » impressionnante.

Certains d’entre nous n’ont pas manqué de faire remarquer que la consultation régionale était antidémocratique, dans la mesure où la totalité des communes (à l’exception notable de Caromb) avaient déjà validé l’Avant-Projet de Charte du futur PNRMV lors d’un Comité syndical du SMAEMV (Syndicat Mixte d’Aménagement et d’Equipement du Mont Ventoux, porteur du projet) le 3 septembre 2015. Le médiateur, se situant résolument dans l’après consultation, préférait en faire un point de départ, et l’utiliser comme une photographie révélant des problèmes structurels, inconsidérément mis de côté jusqu’à présent.

Nous avons retenu de l’analyse de la situation faite monsieur Sappin que :
– un constat s’impose : le projet de PNR sur le Ventoux n’arrive pas à naître. Il est bloqué depuis des décennies, avec d’emblée des refus de participation qui nuisent à sa cohérence (parmi lesquels l’absence au sein de son périmètre des communes des Dentelles de Montmirail)
– le projet du SMAEMV est le fruit d’un énorme travail, il est intéressant, mais il comporte encore des lacunes de nature à interdire sa validation par le ministère et la Fédération des parcs naturels régionaux. Corriger volontairement ces lacunes (avant d’être contraints de revoir sa copie) peut finalement constituer un gain de temps
– le blocage actuel relève beaucoup des postures politiques, mais d’autres facteurs entrent en jeu, qu’il serait dangereux de minimiser. Si mensonges et désinformation ont été à l’oeuvre, il y a aussi beaucoup de craintes. Monsieur Sappin note que les refus tranchés sont très minoritaires ; il est rare d’entendre « je ne veux pas du parc » : l’assertion s’accompagne de nuances « sauf si », « mais… ». Il note aussi le sentiment très fort de possession qui prévaut à l’égard du géant « C’est mon Ventoux »

Nous en concluons qu’il y a une composante psychologique évidente dans l’attitude des « nonistes », ce qui tout à la fois complique notre tâche de défenseurs du projet et ouvre des perspectives. Pour aboutir à une relance intelligente, ou simplement cartésienne, du parc, pour convaincre les hésitants, il ne suffira pas de combattre les « mauvais dits », il faudra aussi répondre aux « non-dits »

Les membres du collectif présents, avaient d’autres messages à faire passer au médiateur :
– une demande forte vers un positionnement plus éclairant de la Région quant au fonctionnement d’un parc : les services administratifs pourraient sans doute être plus précis sur les questions réglementaires visant par exemple, la chasse ou le bâti ; ils pourraient certainement mieux montrer la différence entre communauté de communes et parc ; ils devraient enfin rétablir la vérité des coûts de fonctionnement.
– Les acteurs associatifs ont insisté sur l’intérêt (d’ores et déjà, du fait du travail commun sur la charte) de la création de ce territoire qui n’existait pas, avec à la clé des rapprochements féconds, porteurs de revitalisation d’un territoire quasi moribond. Tous ont estimé que s’étaient créés des liens entre le Nord et le Sud, épinglant au passage les élus de communes qui se sont prononcés contre le projet de parc sans consulter leurs administrés, majoritairement pour ! (A l’exception notable de Malaucène dont le positionnement anti parc du maire était connu avant son élection).
– Les acteurs économiques ont redit leurs attentes fortes de fédération autour d’un label parc du Ventoux porteur d’identité, de visibilité, de valorisation et de sécurisation de leurs productions, in fine créateur d’emplois. De façon très concrète, les producteurs qui se battent actuellement pour la création d’une IGP de l’olive Verdale sont freinés par défaut de limites : un PNR, au périmètre bien déterminé, ferait avancer leur action.

Tous ont cependant évoqué un problème de gouvernance du parc s’il existe un jour.
La nécessité de définir des règles de vivre ensemble, tout en gardant pour les communes une certaine maîtrise. A l’image d’une copropriété, métaphore qu’affectionne le médiateur, chaque commune pouvant vivre chez soi tout en respectant les règles qu’elle s’est données pour vivre au mieux avec ses voisins. Au-delà de la comparaison avec une copropriété, monsieur Sappin appelle également de ses vœux une structure ouverte à un dialogue inter parcs, régional et national, avec des mutualisations et des partenariats.
Les associations présentes ont exprimé leur exigence de n’être plus, cette fois, tenues hors de la gouvernance.

En conclusion, la réunion a montré des protagonistes à l’écoute les uns des autres. Le médiateur a assuré qu’il n’y aurait pas de classement sans suite du projet, et fait appel à notre mobilisation, tout en nous demandant de respecter la période électorale présente qui ne facilite pas un dialogue objectif ou dépassionné.
Depuis le début de sa mission, l’intérêt de monsieur Sappin pour l’objet « parc » s’est accru, au point que ses connaissances en la matière dépassent maintenant les nôtres. Il a visiblement pratiqué cette ouverture aux autres structures qu’il nous demande de mettre en œuvre. Il a également conclu de ses recherches ce que nous n’aurions osé affirmer : qu’il n’y a pas, même en PACA, « trop de parcs »

Il nous a proposé une deuxième métaphore, qui résume a elle seule toute la complexité du problème : tel un excellent orchestre, dans lequel chacun des instruments est mis en valeur et concourt à la mise en valeur des autres, un parc doit mettre en valeur chacune de ses composantes. La bonne nouvelle, c’est que nous sommes nombreux à souhaiter que chacun trouve une place qui le valorise, et nous sommes prêts à nous investir dans ce sens. La moins bonne nouvelle, c’est qu’une telle réussite dépend aussi du chef d’orchestre, et qu’apparemment on ne l’a pas encore trouvé !

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