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“Un voyage pour le climat” : la table ronde de l’escale avignonnaise

Les transports sont les premiers responsables des émissions de gaz à effet de serre. Le report modal de la route vers le rail ou vers le fleuve apparaît comme l’une des priorités pour réduire ces nuisances.

Dans ce contexte, porté par l’association « vivre le canal », Un voyage pour le climat est une opération originale de promotion d’un mode de transport écologique et mal connu : le transport fluvial de marchandises. Entre septembre et novembre 2015, deux bateaux de commerce, le Tourmente et l’Alizarine se relaient tout au long d’un itinéraire de près de 1 500 km, le « Bordeaux-Paris en péniche ».

Bien que reconnu comme le mode de transport ayant le plus faible coût sociétal, le transport fluvial de marchandises demeure peu développé en France et souffre d’un manque de visibilité.
Avec la capacité, pour les plus gros chargements, d’emmener l’équivalent de 200 camions en un seul voyage, la possibilité de relier les territoires aux cœurs des villes, la voie d’eau possède pourtant de nombreux atouts : avec ses 8 500 km le réseau fluvial français est le plus grand d’Europe ! Malgré cela, les automoteurs et les barges n’assurent qu’à peine 3% du transport intérieur…

Avignon a eu la chance d’accueillir pendant 3 jours (du 23 au 25 octobre) le Tourmente et l’Alizarine, et l’escale avignonnaise s’est avérée un bon exemple des freins rencontrés en Vaucluse pour ce mode de transport, comme de la ténacité de ceux qui le mettent en œuvre.

Les freins locaux relevés sont le peu de linéaire de quai disponible, le désintérêt des élus locaux, et l’attitude hégémonique de la CNR.

1) Le peu de quais disponibles

A raison, Avignon s’est toujours méfiée du Rhône et, installée sur sa rive gauche seulement, s’en est protégée, le tenant au-delà des murs et des allées de l’Oulle.
Aujourd’hui le Rhône est promu « voie navigable par excellence » (site Internet du Grand Avignon), mais demeure un faible linéaire de quai, auquel s’est heurté l’ensemble de l’opération.
En outre, depuis une vingtaine d’année, Avignon vit l’explosion du tourisme fluvial : « 6 bateaux promenades et 15 bateaux hôtel se croisent sur le fleuve. Ces bateaux offrent toujours une escale d’au moins 24 heures afin de permettre à leurs passagers de visiter la ville et ses trésors. En 2001, les bateaux hôtels ont débarqué quelques 50 000 personnes qui représentent une clientèle haut de gamme, principalement nord européenne et nord américaine. » (site Internet de la ville d’Avignon).

Compte tenu du nombre de bateaux et de la durée des escales, les quelques centaines de mètres de quai le long des allées de l’Oulle et l’appontement de la Courtine sont occupés en permanence.
Les bateaux de l’opération « Un voyage pour le climat » se sont donc appontés quai de la Ligne, dans l’espace réservé à la halte nautique, et à la plaisance, un peu en contrebas du tour des remparts.

Cet espace ne favorisait ni la visibilité, ni le stationnement des véhicules des visiteurs. Il n’autorisait pas l’installation du « Barnum » prévu pour les expositions du samedi 24. Pour profiter des visites de bateau, il fallait le vouloir !

2) Le transport des marchandises se fait dans la zone portuaire du Pontet ; la présence du directeur du port à la table ronde du vendredi soir attestait son intérêt pour l’opération. L’on peut penser que le Tourmente et l’Alizarine y auraient trouvé une place logique …mais au détriment de l’aspect « vitrine » voulu par le « Bordeaux-Paris en péniche ».

3) Le désintérêt des élus. « Le trafic fluvial est en pleine expansion. Ses atouts sont très nombreux et doivent être confortés, notamment pour le transport de marchandises. Le Grand Avignon est dans une situation géographique privilégiée. » lit-on sur le site de la ville d’Avignon comme sur celui du Grand Avignon. Hélas, à l’exception d’une conseillère départementale EELV et d’un représentant de la Région Paca, aucun élu ne s’est déplacé. Les municipalités vauclusiennes brillant par leur absence, il convient de souligner toute l’aide apportée par le Conseil Départemental, de la mise à disposition des locaux à l’Archevêché, au talent d’animatrice d’Emilie Ruin, pour la table ronde du vendredi soir.

4) Le comportement de la CNR. La Compagne Nationale du Rhône, à écouter les intervenants, se comporte davantage vis-à-vis du Rhône et de ses abords, comme une maîtresse exclusive et ombrageuse que comme la facilitatrice qu’elle devrait être…

5) A ces freins locaux, il convient d’ajouter des difficultés générales, liées à un métier qui doit encore se structurer et s’entourer d’intermédiaires : difficile en effet d’être à la fois celui qui navigue et celui qui se met en quête de chargements…

Les atouts, outres les généralités relatives à l’intérêt du transport fluvial que nous avons exposées, tiennent aux hommes de terrain, et à leur volonté d’avancer malgré les obstacles : les mariniers en premier lieu, qui ont monté toute cette opération avec la fierté d’exercer leur métier si particulier, mais aussi le réseau MEDLINK (http://www.medlinkports.fr/), dont Régis Martin, du Grand Port de Marseille, a exposé les buts, les courtiers en transports (tel D. Blanchard, de COTALIS http://www.cotalis.com/index.php/fr/), les entreprises qui s’obstinent, malgré les obstacles, la propension généralisée à ne penser qu’au transport par route, et les accès au fleuve quelque peu verrouillés par la CNR, à transporter les pondéreux par voie d’eau (http://www.eurovia.fr/media/2110406/eurovia_ra_2014-fr_bd.pdf , page 55). les intervenants de la table ronde.

Des échanges riches et très techniques, car l’assistance était visiblement qualifiée, ont succédé aux interventions des professionnels de la table ronde, avant que chacun ne s’attarde à déguster les produits convoyés par les bateaux.