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Visite de sites : une entreprise pionnière en France, RécupagriE Comtat

FNE Vaucluse poursuit ses visites de sites de dépôts et traitement des déchets : ce mardi 24 février, nous sommes allés voir RécupagriE Comtat, à Monteux

Quand les agriculteurs du Vaucluse prennent en main la récupération et le recyclage de leurs déchets plastiques, ils fondent RécupagriE, avec un « E », comme Environnement !

Lorsqu’en 2005, Michel Montagard est élu président du Syndicat des Exploitants Agricoles de Monteux (SEAM), il se demande quoi faire de vraiment utile pour les agriculteurs de sa commune, avec la centaine d’euros par an qui lui sont alloués !

Sa première initiative va concerner la collecte des huiles usagées des machines agricoles. Il invite les agriculteurs à les amener chez lui, une fois l’an. Cette année, une quarantaine d’agriculteurs venus de tout le département ont fait le déplacement jusqu’à Monteux, si bien que, de 1 500 litres en 2005, à 9 500 litres en 2015, ce ne sont pas moins de 45 200 litres d’huiles de vidange de machines agricoles qui ont été collectés et recyclés en 10 ans ! Les huiles usagées sont recyclées à 100% : le SEAM collabore avec Sévia, société de récupération et de recyclage du groupe Véolia, qui récupère, analyse, recycle et valorise les huiles. Ces opérations permettent un recyclage à 100% : 80% de ces huiles sont réutilisées et 20% entrent dans la composition du bitume des routes.

Ce n’est pas assez pour Michel Montagard, qui décide de devenir « collecteur du dernier kilomètre » en s’attaquant à la récupération des Films plastiques Agricoles Usagés (FAU).

L’agriculteur moderne a besoin d’une grande quantité de plastiques : de couleur ou blancs, pour les serres, filets anti grêle, sacs de substrats, tuyaux divers pour asperseurs ou goutte à goutte, la liste est longue. On estime qu’un agriculteur qui exploite une vingtaine d’hectares produit 20 tonnes de plastiques usagés en une saison ! Comment s’en débarrasser ? Les brûler, au risque de polluer gravement l’atmosphère ou de braver le règlement sanitaire Départemental qui l’interdit ? Les abandonner dans la nature, ou les y enterrer, sachant que leur dégradation nécessitera des centaines d’années ? Les porter en CET (Centre d’Enfouissement Technique) ou en incinérateur, où, pour un coût d’environ 120 euros la tonne, ils seront probablement …enfouis ou brûlés ? Rien n’est satisfaisant.

En 2006, Michel Montagard met en œuvre une formule originale et innovante : il créé une association à but non lucratif, RécupagriE Comtat:
• les agriculteurs adhérents paieront une cotisation proportionnelle à l’estimation qu’ils font de la quantité de leurs déchets plastiques : par exemple s’ils estiment avoir besoin de se débarrasser de moins de 20 m³ de déchets, ils paieront 50 euros de cotisation.
• Cette association mutualise gains et coûts : la revalorisation des plastiques de serres est possible, cependant que celle des films Agricoles usagés (FAU) et des tuyaux est pour l’instant difficile. L’on partage les recettes et les coûts et chacun paie moins cher.
• Un règlement intérieur strict précise les modalités du tri préalable au dépôt. La présence sur site d’un prestataire de service de permanence garantit le bon respect des règles, et la remise de bordereaux pour chaque voyage

Trois bonnes fées se penchent sur le berceau de la nouvelle association :
• Le maire de Monteux, Christian Gros, met gratuitement à la disposition de la fédération des exploitants agricoles le site de l’ancienne déchetterie de la ville, quartier des Mourgues, afin qu’ils disposent d’une plateforme propre à la récupération des plastiques agricoles.
RécupagriE Comtat figure en bonne place dans l’agenda 21 de la ville de Monteux, et la revue de la Communauté de Communes, « Les Sorgues du Comtat », rend compte régulièrement de la montée en puissance de ses actions.
• La Chambre d’Agriculture de Vaucluse, en la personne de Jean-Pierre Boisson, son Président mais surtout d’Isabelle Carles, du service Territoires et Environnement, va fortement soutenir l’initiative de Michel Montagard, mettant en œuvre ses réseaux et lui trouvant ses premiers débouchés. Jean-Pierre Boisson a cédé la place à André Bernard, mais le soutien de la chambre consulaire ne se dément pas.
• RécupagriE Comtat s’adosse à ADIVALOR (qui qualifie l’association « d’exemplaire » !) par une convention. Cette filière, mise en place en 2001 à l’initiative de l’Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP), a vocation à récupérer les déchets d’agro fournitures sur l’ensemble du territoire français. Consacrées au départ aux bidons plastiques de produits phytosanitaires, les collectes d’ADIVALOR se sont élargies jusqu’à inclure les sacs d’engrais (2007) ou les films agricoles usagés (FAU) (2008). Cette démarche est appuyée par les services compétents du Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable avec lequel a été signé un nouvel accord-cadre en 2011, et de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME).
ADIVALOR récupère, valorise et commercialise les déchets que lui fournit RécupagriE Comtat, les transformant en nouveaux sacs, en nouveaux plastiques de serres, en granules, en isolants pour le bâtiment, en mobilier de jardin etc.…

Aujourd’hui, l’association compte 140 adhérents, agriculteurs sensibilisés aux démarches environnementales, ou motivés par le prix raisonnable du dépôt de leurs plastiques usagés (trois fois moins cher que chez l’opérateur voisin !). En 2014, la barre des 1 000 tonnes déposées a été franchie.

Un bilan très positif mais un avenir non assuré

L’avenir de l’association est compromis par son succès même
• Le terrain prêté par la mairie de Monteux est devenu trop petit au regard des volumes et de la variété des plastiques amenés. Il est, objectivement, peu adapté à cette fonction. Des lignes électriques à proximité interdisent les gros engins de levage. De surcroît, la municipalité entend le récupérer prochainement pour répondre à des projets d’urbanisation
• L’importance prise par RécupagriE Comtat, même si la structure garde son statut associatif, nécessiterait des équipements supplémentaires, ne serait-ce que pour peser les plastiques déposés ou mieux maîtriser les envols.
• A ce point de son existence, RécupagriE Comtat est paradoxalement contrainte de s’agrandir pour continuer d’être attractive. Sortir d’une aire de récupération quasi limitée à la communauté de commune des Sorgues du Comtat est devenu indispensable
• Il n’est pas exclu que l’association aiguise quelques appétits…

A la recherche de solutions

FNE Vaucluse soutient pleinement RécupagriE Comtat, qui va dans le sens d’une diminution des tonnages de déchets que la collectivité se voit contrainte de collecter et traiter.
En accord avec le président de la structure, la fédération environnementale souhaite sensibiliser les acteurs du département à cette opportunité qui s’offre à eux
Au moment où la restructuration de la déchèterie de Pernes est à l’étude, FNE Vaucluse souhaiterait que soit pris en compte l’existant (d’autres initiatives « individuelles » fonctionnent peut-être), et que, dans la transparence et la concertation, il soit envisagé de pérenniser ce qui en vaut la peine.
Michel Montagard reprend à son compte la phrase célèbre :
« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants »
Et il ajoute : « Si nous l’empruntons à nos enfants, ayons le courage et la volonté de la leur rendre propre ».